Mon proche est agressif : comment réagir?

Agressivité aidé: couple fâché

Les aidants sont parfois confrontés à l’agressivité verbale et parfois même physique de leur proche. A quoi est-elle due? Et comment y faire face? Les réponses de Marie-Hélène Ortega, infirmière coordinatrice, formatrice au Centre d’Information de Formation des Aidants.

Les aidants sont parfois confrontés à l’agressivité verbale et parfois même physique de leur proche. A quoi est-elle due? Et comment y faire face? Les réponses de Marie-Hélène Ortega, infirmière coordinatrice, formatrice au Centre d’Information de Formation des Aidants.

Des causes multiples

L’agressivité de votre proche peut avoir différentes causes :

La difficulté d’accepter sa perte d'autonomie.

« La dépendance peut être en elle-même mal acceptée par quelqu’un qui a toute sa tête et qui se trouve dans la situation d’être soumis au bon vouloir de l’autre, qui a besoin de l’autre pour des gestes intimes comme la toilette. », souligne Marie-Hélène Ortega. L’aidé peut alors, plus ou moins consciemment, en vouloir à l’aidant qui devient le témoin de ce qu’il considère comme sa déchéance. Par ailleurs, comme le constate la formatrice « l’aidant peut avoir involontairement des gestes considérés par son proche comme intrusifs ou douloureux. Celui-ci va protester mais l’aidant risque alors de s’énerver car il comprend mal la situation, parce qu’il a déjà l’impression d’en faire beaucoup et cela peut engendrer une escalade vers l'agressivité ».

La difficulté de communiquer.

Une personne qui a du mal à exprimer a du mal à être comprise. Cela demande pour l'aidant, un effort permanent et pour l’aidé, un énervement voire une forme de désespoir rapidement épuisant, qui peut se traduire par de l’agressivité.

La maladie elle-même.

« Les maladies neuro dégénératives peuvent provoquer différents troubles, notamment des troubles de l’orientation dans le temps et dans l'espace tels que la personne se situe dans un espace temps différent de celui de l’aidant. J’ai en tête d’exemple de cette aidante qui avait fait venir sa mère chez elle, raconte Marie-Hélène Ortega. La dame âgée passait son temps à vider les armoires de la chambre de sa fille, bouger le linge. Ce qui énervait sa fille qui lui interdisait de le faire et souffrait de la situation. La dame était frustrée par cette interdiction et devenait agressive avec sa fille. En fait, sa mère avait été lingère dans un hôtel et elle reproduisait les gestes qu’elle avait effectués toute sa vie professionnelle et qui la tranquillisaient. Nous avons pu avec la fille de cette dame, organiser la maison pour laisser ouvert un dressing où était à disposition table à repasser, draps, les serviettes éponges etc., laissant tout le loisir à sa mère de refaire les gestes d'antan sans déranger les autres pièces de la maison.  Leur relation s’est ainsi apaisée. »

Les médicaments.

« Certains patients reçoivent des médicaments comme les neuroleptiques par exemple qui peuvent entraîner des changements d’humeur. Les dosages ont parfois besoin d'être ré-adaptés en fonction de l'évolution de la maladie. C'est pourquoi il est important de parler des troubles du comportement au médecin traitant de la personne aidée et des changements observés. »

Les traits de caractère.

La vieillesse et ses fragilités peuvent accentuer les traits de caractère d’une personne. Telle personne déjà méfiante devient, parce qu’elle se sent plus vulnérable, de plus en plus soupçonneuse et peut avoir l’impression par exemple qu’on la vole, ou qu’on lui veut du mal. Telle autre un brin misanthrope, parce qu’elle se sent moins « présentable », ou narcissiquement atteinte, peut avoir encore plus envie de se couper du monde et considérer toute tentative de contact comme une intrusion.

Les réponses possibles

« L’agressivité de la personne aidée peut provoquer chez l’aidant différents sentiments : culpabilité (« Je fais mal »), sentiment d’injustice (« voilà ce que je récolte avec tout le mal que je me donne »), tristesse (« mon parent a tellement changé, je ne le reconnais plus »), voire colère (« j’en ai assez »). » constate la formatrice. « Le risque est celui de l’escalade, car toutes ces sentiments ajoutés à l’épuisement de l’aidant peuvent le conduire à des réactions inappropriées ce qui peut entraîner encore plus d’agressivité chez son proche. Il est donc important pour l’aidant de réussir à se décaler de la situation. Nos formations apprennent cela, travailler sur l’empathie qui permet de comprendre la douleur de l’autre sans être pris avec lui dans la dépendance affective de la relation d'aide, apprendre à évaluer ses limites aussi. »

Pour parvenir à ce décalage, il est également important d'apprendre à prendre du temps pour soi, ce qui permet de lutter contre la fatigue physique et psychique et donc d’être préparé aux réactions de l’autre. « Rencontrer un psychologue au travers de groupe de parole ou en séance individuelle peut permettre à l'aidant de comprendre ses propres réactions et les enjeux inconscients issus de l’histoire de la relation que l’on a eue avec son proche. ».

Bien connaître la maladie dont souffre son parent et les symptômes qu’elle provoque, avoir en tête l’histoire de vie de la personne pour pouvoir anticiper ses comportements est important dans les maladies neurodégénératives. Enfin, Marie-Hélène Ortega insiste également sur l'apprentissage des savoir-être et savoir-faire, qui apporteront à l'aidant des connaissances complémentaires dans son rôle d'aide au quotidien.

En savoir plus: 

Où se former ?

http://www.cif-aidants.com. Le site du Centre d’Information de Formation des Aidants

http://aidants.francealzheimer.org/la-formation-des-aidants/. Site